MISS.TIC

En me promenant sur la Butte aux Cailles à Paris, j’ai découvert de mystérieux pochoirs sur les murs signés Miss.Tic. J’ai donc voulu en savoir un peu plus et vous faire partager sa biographie. Voici un article venant de Wikipedia

Miss.Tic, nom d’artiste, est une artiste plasticienne et poète d’art urbain née le 20 février 1956 à Paris. Ses œuvres apparaissent dans le paysage pictural et urbain en 1985.

 Biographie

Née à Montmartre d’un immigré tunisien, tantôt ouvrier, tantôt fort des Halles, et d’une mère normande, paysanne éclairée[1], Miss.Tic grandit sur la Butte, le quartier des poètes, des peintres et des prostituées. Devenue une figure de l’art de la rue, en France, elle jouera souvent de cette référence en un mélange d’indécence et de poésie.

En 1964, changement de décor, sa famille s’installe à la Cité des aviateurs à Orly. En 1966, sa mère, son frère et sa grand-mère meurent dans un accident de voiture ; les séquelles de ce drame feront d’elle une gauchère obligée[2]. En 1972, son père décède d’une crise cardiaque ; elle a seize ans. À la fin de ses études secondaires, elle se forme pendant plusieurs années au gré de travaux d’arts appliqués – décor de théâtre[3], maquette, photogravure[4] –, puis part s’installer en Californie au début des années 1980.

En avant doutes

De retour à Paris, à la suite d’un dépit amoureux, Miss.Tic décide d’utiliser ce dissentiment comme une pratique artistique, avec le pochoir à la bombe comme technique, et les murs comme support[5]. Bien que n’ayant suivi aucune formation en école d’art, l’aventurière en poésie ne manque pas de prétentions plastiques. Ses autoportraits, encore sommaires, sont rehaussés d’épigrammes à base de jeu de mots, de calembours, qui composent une chronique de son existence.

Son nom emprunté au personnage de sorcière railleuse Miss Tick[2] du journal de Mickey est dans l’esprit de ces années-là. Beaucoup de jeunes peintres s’affublent de surnoms puisés dans les bandes dessinées, tels Placid et Muzo, les frères Ripoulin, les Musulmans fumants, Blek le rat, Speedy Graphito, Paëlla Chimicos… Une tendance gros bêta et irrévérencieuse en rupture avec l’intellectualisme abstrait ou métaphysique des décennies précédentes.

En 1985, Miss.Tic a donc trouvé son style. Et ses lieux d’intervention : les quartiers de Ménilmontant, Montmartre, le Marais, Montorgueil, la Butte-aux-Cailles[6]. Elle est surtout la première à utiliser les murs pour raconter sa vie, ses désirs, ses ruptures sentimentales, ses travers, ses fantasmes, comme lieu d’expression directe et synthétique[5].

Bien que vite repérée pour sa singularité, Miss.Tic reste pourtant en marge du milieu de l’art. Le pochoir est alors perçu comme un mode mineur ; au mieux une œuvre éphémère, au pire une dégradation de bâtiments. Mais Miss.Tic n’est pas la seule à subir cet ostracisme. Les jeunes graffitistes sortis des années 1980, comme leurs prédécesseurs que sont Ernest Pignon-Ernest, Ben, ou encore des artistes classés dans le Nouveau Réalisme tels Jacques Villeglé ou Raymond Hains sont méconsidérés. Il faudra longtemps avant que ce préjugé du milieu de l’art ne s’inverse[7].

Égérie et j’ai pleuré

Pourtant autant, Miss.Tic affirme une déclinaison bien à elle, en jouant sur les stéréotypes de la femme séductrice. Le fétichisme où se croisent la robe fourreau, le décolleté, les porte-jarretelles, les bas, les lanières, le fouet, les gants montants, vient percuter ses épigrammes poétiques. Ce contraste fait imploser l’expression aguicheuse du dessin. Son œuvre provoque un questionnement, foulant aux pieds les archétypes de la femme marchandise[8].

Déjouant la fausse perfection de la publicité et les redondances du slogan, Miss.Tic interpelle, ce qui est l’essence même d’une œuvre.

« Les images de femmes que je représente sont issues des magazines féminins, je les détourne. Je développe une certaine image de la femme non pour la promouvoir mais pour la questionner. Je fais une sorte d’inventaire des positions féminines. Quelles postures choisissons-nous dans l’existence ? », dit-elle[5].

En 1992, un incendie ravage son atelier, détruisant les matrices des années 1980. Miss.Tic n’en poursuit pas moins son activité, avec sa charte noire et rouge, ses silhouettes et ses phrases. C’est aussi le temps des premières expositions régulières. Au cours des années 1990, on en compte une vingtaine, personnelles et collectives, dans de petites galeries parisiennes ; des expositions associées parfois à des performances déclamatives, qu’il s’agisse de ses propres textes, de mémoires de prostituées, ou de poésies de Jacques Prévert… Une décennie qui se conclut par l’édition d’un premier livre, Je ne fais que passer.

Mais, en ville, la multiplication des tags, des bombages, est perçue par les autorités comme l’une des expressions de l’insécurité. « Dire que la poésie est un sport dangereux est tout sauf accessoire[5]. » En 1997, Miss.Tic n’échappe pas à une arrestation et à un procès pour détérioration d’un bien par inscription, signe ou dessin, qui se conclut, en janvier 2000, devant la cour d’appel de Paris[5] par une amende de 4 500 €.

Créer, c’est résister

La fin de la décennie 1990 et les débuts 2000 sont marqués par la suprématie de l’art conceptuel, de l’installation, du land art, de la vidéo, du multimédia… Miss.Tic subit toujours, comme les autres figures de l’art mural, le scepticisme des marchands et des musées. Cependant, en 2002, son exposition à la fondation Paul Ricard, « Muses et Hommes », marque un nouvel élan. Avec un brin d’arrogance et comme pour signifier une continuité avec les maîtres de la peinture, elle y réinterprète un certain nombre d’œuvres de maîtres anciens (Le Caravage, Rubens, Raphaël, Delacroix, David, Gauguin, Manet, Toulouse-Lautrec, Gustave Moreau[4]…), rehaussées de charges critiques, de jeux de mots scabreux, « Femme au bord d’elle même » qui rappellent Marcel Duchamp.

Miss.Tic l’éphémère démontre qu’elle est devenue une authentique artiste plastique, maîtresse de son trait, de son style. Le graphisme de la signature a aussi évolué, « l’ensemble combine obliques dynamiques, ondulations variables et équilibre global[5]. » En 2003, un nouveau livre aux éditions Alternatives, avec une préface de Régine Deforges, vient confirmer la persévérance, sinon la maturité, de « cette femme mur[9] ».

Je ferai jolie sur les trottoirs de l’histoire de l’art[mo

Ce n’est qu’à partir du milieu des années 2000 que Miss.Tic se défait d’une marginalité inconfortable. « Ce qui était dans les années 80 de la culture underground ou de la contre-culture est devenu une référence socioculturelle. Miss.Tic et la génération d’artistes qui l’accompagnent ayant modifié peu ou prou nos repères esthétiques et moraux (p. 157[5]). » Les institutions commencent donc à accréditer certains artistes de ce mouvement, essentiellement masculin, dans lequel Miss.Tic incarne la femme libre et indépendante, en syntonie avec l’évolution des mœurs. « Contrairement à beaucoup d’artistes qui viennent de la rue, Miss.Tic a su créer un langage et le faire évoluer », remarque le commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint Cyr[10].

La presse nationale se met donc à lui consacrer de longs articles[11]. Un fan-club [12] se crée et soutient sa campagne « Miss.Tic Présidente » où elle aborde la politique[13] par anti-slogans.

Des marques commencent à s’intéresser à son travail, à son image de Parisienne et de sorcière ludique : loueur automobile, maroquinier, couturier, papetier[14]

Les expositions dans des galeries de renom se font plus fréquentes. Des foires d’art contemporain l’invitent, à Venise, à Miami… Des commandes publiques surviennent. Le cinéaste Claude Chabrol lui demande de réaliser l’affiche de son film La Fille coupée en deux. À Lyon, le ministère du Logement et de la Ville sous la tutelle de Christine Boutin lui commande plusieurs pochoirs[15].

En 2007, Miss.Tic entre dans la collection du Victoria and Albert Museum de Londres.

La même année, la ville d’Orly[5] lui commande une œuvre pour la façade de la résidence d’étudiants Léo-Ferré ; une consécration, en même temps qu’un émouvant retour aux sources. Il est désormais loin le temps des pochoirs clandestins. Si son travail présenté en galerie évolue, les couleurs et les supports aussi. Toiles, plaques d’acier rouillé, parpaings, papiers déchirés et collés donnent une nouvelle dimension plastique à son œuvre. Ses compositions comme son trait affichent une pleine maîtrise, et même une perfection jamais atteinte.

Les éditions Grasset publient, en novembre 2008, un recueil de ses phrases et de ses dessins, Je prête à rire mais je donne à penser.

En mai 2010, une rétrospective de son œuvre est organisée à Singapour[16] avec le soutien de l’Alliance française.

Fin 2010 a lieu à Paris[17] une grande exposition dans laquelle l’artiste présente sur de nouveaux supports d’affiches lacérées et de palissades de bois blanc une variation sur le thème de l’amour, entre passion et illusion. Parallèlement, un livre[18] d’images et de textes personnels, intimes même, écrits par Miss.tic est publié.

En 2011, La Poste émet lors de la Journée des femmes des timbres reproduisant des œuvres de Miss.Tic, inspirées de ses pochoirs[19]. « À suivre », dit-elle.


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